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Les vertus des fruits

Botanica24 juil. 2025

Ils mûrissent dans les vergers et les jardins d’agrumes, gorgés de soleil. Dans nos parfums, les fruits ne se goûtent pas : ils se respirent. Une écorce que l’on presse, une gousse que l’on fend, une amande que l’on brise libèrent une odeur que la parfumerie recueille depuis des siècles. La tradition leur prête l’abondance, la fête et le passage des saisons.

Les agrumes, d’abord. Leur parfum ne se cache pas dans la pulpe mais dans l’écorce, riche en essence. En Calabre et en Sicile, on la pressait autrefois à la main contre des éponges naturelles, qui recueillaient l’essence goutte à goutte. Citrons, oranges et bergamotes entraient dans les eaux de Cologne d’autrefois, que l’on vendait comme des remèdes jusqu’en 1810.

L’orange tient une place à part. Les Arabes ont apporté l’orange amère en Europe, les navigateurs portugais l’orange douce. Longtemps, on l’a offerte à Noël comme un présent rare. Elle apporte à Lee La Wa Dee et à Sancta Myrrha une lumière ronde et gourmande.

Dans Citrus Maxima, la mandora et l’orange sanguine répondent au néroli et au petitgrain. Ce parfum est inspiré des jardins du Cap Martin et de la côte ligure. L’orange sanguine doit sa chair rouge aux nuits fraîches de Sicile, au pied de l’Etna. Le petitgrain, lui, tient son nom des petits fruits verts que l’on distillait autrefois.

La rhubarbe, enfin, surprend. Ce n’est pas un fruit mais une tige, que l’on cuisine comme un fruit. Sa racine est venue de Chine par les routes de la soie et fut longtemps un trésor des apothicaires. Dans Citrus Maxima, elle apporte aux écorces une note verte et acidulée, presque pétillante.

L’amande apporte une autre douceur. L’amandier fleurit le premier, dès la fin de l’hiver : Van Gogh en peignit les branches fleuries pour saluer la naissance de son neveu. Son parfum, doux et légèrement amer, rappelle la pâtisserie. Dans Lee La Wa Dee, elle se mêle aux fleurs de frangipanier, à la vanille et au benjoin.

La vanille, elle, est un fruit que l’on range parmi les épices. Sa gousse naît d’une orchidée venue du Mexique, où les Aztèques en parfumaient déjà le cacao. En 1841, sur l’île Bourbon, aujourd’hui La Réunion, Edmond Albius, un garçon de douze ans né esclave, invente le geste de pollinisation à la main que l’on pratique encore. Il faut ensuite des mois de séchage pour que la gousse brunisse et libère son parfum. On la retrouve dans quatre de nos six parfums : Citrus Maxima, Éclat du Kerala, Lee La Wa Dee et Sancta Myrrha.

Tous ces fruits partagent une même générosité. Les notes d’écorce s’envolent les premières et donnent au parfum son élan. L’amande et la vanille restent longtemps et lui donnent sa rondeur.

La tradition prête aux agrumes l’élan et la clarté, à l’orange la générosité, à la vanille la douceur. Le parfum prolonge ces associations anciennes.

Ils rappellent enfin une sagesse simple : celle d’une nature offerte, immédiate et accessible. Une écorce d’orange froissée entre les doigts suffit à parfumer une pièce.